Le Viking

  • La nièce avait tendance à reluquer le Viking d’un peu trop près et je n’appréciais pas trop ça.

Le Viking et moi, nous étions souvent croisés ces dernières années, mais il n’avait jamais rien éveillé de spécial en moi. Au contraire, je le trouvais triste et fermé. Jusqu’à ce fameux soir de déclic où le hasard avait voulu que nous nous retrouvions à la même table lors d’un dîner. Ce n’était plus le même homme à mes yeux! Il était devenu sexy et charmant. Je me surprenais moi-même à chercher des moyens de prolonger la soirée au bar à la fin du repas. J’avais envie de profiter de sa chaleureuse présence et de mieux le connaître pour comprendre ce qui avait provoqué ce revirement.

Sur le chemin du retour, j’étais déçue (personne n’avait voulu prendre un dernier verre au bar) et étonnée. Était-ce la moiteur de cette soirée d’été qui avait fait apparaitre le Viking de manière aussi différente à mes yeux? Comment avait-il pu m’être aussi indifférent pendant toutes ces années et tout d’un coup, à la faveur d’un repas et d’un polo noir, me paraître aussi intéressant et attirant? Je décidais de m’arrêter au Gimme Shelter pour prendre un dernier verre et raconter mon émoi à mon voisin et ami Frank qui trainait au bar en mal de soirée.

L’été passa. J’oubliais le Viking et l’effet inattendu qu’il avait eu sur moi. Jusqu’à la rentrée. Etonnamment, ce grand gaillard me troublait toujours autant. J’eus l’occasion de le constater lors d’un pot donné par un ami commun au Gimme Shelter. Discrètement, du moins je le croyais, je l’observais et le détaillais comme si je le voyais pour la première fois. Ses mains larges et viriles, sa carrure solide de rugbyman qui se terminait sur une belle paire de fesses, ses yeux bleus qui viraient parfois au gris acier, son petit nez, ses petits pieds… Comment pareil gaillard pouvait avoir de si petits pieds et de si petites mains?

L’homme qui m’était si indifférent auparavant, était en train de se transformer en prince charmant incroyablement viril. Disney et Mattel en avaient fait de lisses métrosexuels, mais moi, j’avais toujours préféré John Smith dans Pocahontas ou le bûcheron de Blanche Neige au prince de Cendrillon. Depuis le fameux dîner, son visage s’illuminait quand j’apparaissais – à ma plus grande joie – au Gimme Shelter, mais je n’étais pas spécialement douée pour la drague. C’était très rare que des hommes me plaisent et que j’ai envie de prendre la peine de les aborder, donc je manquais d’entrainement.

Les mois passèrent, sa bouille de garnement continuait de s’illuminer quand il me voyait et je prenais un plaisir fou à poser ma main sur le haut de son biceps droit quand je lui faisais la bise. Il sentait bon le frais. Bien plus tard, je ne pourrais plus me passer de son odeur, de plonger mon nez dans son cou en me blottissant dans ses bras, les mains plongées dans les poches de son jean.

Petit à petit, à force de nous croiser au café, nous nous sommes rapprochés. Nous avons beaucoup discuté. Pendant des mois. Il m’a emmené dîner pour mon anniversaire, m’a fait malgré lui le coup de la panne (il était nerveux), m’a apprivoisée, domptée et j’ai succombé. J’ai fermé les yeux et je me suis peu à peu laissée emporter par ce tourbillon d’émotions toutes neuves et inhabituelles pour moi, baissant ma garde et ouvrant toutes grandes les portes de mon intimité.

Le Viking est doux, passionné, aimant, présent dans les moments de doute, de tristesse ou quand Josie Maboul était trop intrusive. Tout s’est fait naturellement. Personne n’a forcé la main à l’autre, profité de l’autre. Nous avons pris notre temps. On n’est pas des sauvages non plus! Ni des prédateurs courants toutes griffes dehors après de pauvres proies affolées ou tapis dans l’ombre, prêts à bondir sur la moindre petite créature qui passe.

Je m’arrête là. Je ne voudrais pas qu’on me le pique à force d’en faire l’article. Mais ce point fait, je réalise mieux pourquoi les filles le reluquent avec des regards concupiscents et pourquoi certains hommes, loin de pouvoir se comparer à lui, en sont jaloux au point de vouloir le faire passer pour ce qu’il n’est pas: une brute épaisse.

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