Beaucoup de bruit pour rien

Mon matou, d’ordinaire si placide – il avait dû être bonze dans une vie antérieure -, était bien nerveux depuis quelques jours. Il suffisait que je mette mes chaussures pour qu’il chouine en plantant ses griffes dans mes mollets ou qu’il m’escalade jusqu’aux épaules dès que je remettais un pied dans l’appartement. Note pour plus tard: penser à acheter des collants noirs! Avant, je n’avais droit comme salut de sa part qu’à une oreille dressée, un œil à peine entrouvert et un changement de position sur le canapé du salon. Idem au retour, sauf quand sa gamelle était vide ou qu’il avait fait une chatterie qui ne lui laissait pas la conscience tranquille. Je ne comprenais pas ce qui lui arrivait et je culpabilisais de ne pas passer assez de temps avec lui. Mais là n’était pas le problème…

– Dis-donc, elle a prix un coup de vieux, Pamela Anderson, me lança mon ami et voisin Frank quand je le croisais dans le couloir. Quelqu’un pourrait lui dire de faire refaire ses racines et de raser le reste? La saison des moissons est passée depuis un mois. C’est qui d’ailleurs la nouvelle? Enfin, nouvelle…
– C’est la nièce de Josie.
No way! Même Josie n’avait pas l’air aussi revêche et imbue d’elle-même.
– T’inquiètes, elle ne restera pas. Le quartier n’est pas assez select pour elle. Elle cherche un trésor que Josie aurait caché dans son appartement.
– Et elle fait quoi dans la vie à part voler l’argent des autres?
– Il paraît qu’elle est number two d’une filiale d’une des plus importantes agences immobilières du pays.
– Elle ne bosserait pas plutôt dans un donjon avec des chaînes, des bougies et des pince-tétons?
– Mauvaise langue!
– Mes mecs ne se sont jamais plaints! Si cela se trouve, elle est glaciale avec moi, parce qu’elle craint la concurrence. Elle a des heures de vol. Des miles même. Plus sérieusement, je pense qu’on doit avoir des soucis de canalisation. J’ai entendu des coups sourds dans les murs ces derniers jours.
– Si cela se reproduit, fais-le moi savoir, je ferai venir un plombier.
– Un très souriant alors!

Tapage nocturne

Le samedi soir suivant, je plantais le Viking pour passer du temps avec mon matou. Je lui avais mitonné des râbles de lapin marinés à l’herbe à chat et de la glace à la vanille aux noix de macadamia en dessert. Le tout sur canapé. Mon canapé! Entre les deux, je lui avais offert une mini-boule disco. J’étais en train de lui gratter le ventre avec une lotion spéciale parfumée à la citronnelle et à la lavande, tout en regardant une compilation de vidéos de chats sur Youtube quand des coups sourds se firent entendre. Mon fauve bondit sur mes épaules et cacha sa tête sous mes cheveux. Pour ne pas glisser, il plantait ses griffes dans mes omoplates. Ce trouillard était terrorisé!

Bong, bong bong! Les coups provenaient du mûr. 3 coups, puis plus rien. Puis à nouveau 3 coups. Et ainsi de suite. Mon matou sur le dos, j’attrapais mon téléphone et appelais Frank pour lui demander s’il entendait aussi les coups. «Oui, oui! Je ne sais pas d’où ils viennent, mais je les entends bien», me répondit-il. «Cela ne ressemble pas à des bruits de canalisation», lui répondis-je. «Tout le monde sait pourtant grâce à Josie qu’il ne faut plus faire de travaux dans son logement après 20 heures et plus de bruit après 22 heures. Qui serait assez intrépide pour braver ses règles? Tu crois que nous avons un Poltergeist?» «Un quoi?» «Un esprit frappeur!» «Arrêtes de boire mon vieux! Quelqu’un profite de l’absence de Josie pour contourner les règles. On a intérêt de vite trouver qui c’est, si je ne veux pas perdre mes épaules, le fauve panique.» «Bouge pas, j’arrive!»

Quelques minutes plus tard, Frank était dans mon salon et m’ôtait mon greffier des épaules. «Le bruit vient du rez-de-chaussée, de chez Josie. La nièce doit monter une commode Ikea. Allons lui demander d’arrêter. On est samedi soir après tout!», me suggéra Frank en m’entrainant dans les escaliers. Nous nous étions finalement habitués aux règles de Josie et quand elles concernaient le calme, elles nous arrangeaient bien.

«Sorry pour le bruit, je sonde les murs et le sol de l’appartement depuis quelques jours pour trouver un creux où ma auntie aurait pu cacher son gold. C’est tellement creepy ici que je veux le trouver quickly. Je ne veux pas rester trop longtemps ici. Pouvez vous demander à votre copain so cute de passer m’aider à déplacer mon armoire pour que je vérifie… euhm… behind?», nous lança-t-elle, «Je vais essayer de le faire en journée entre deux rendez-vous professionnels, mais vous connaissez le proverbe: Time is money. No? Good night !» La nièce nous claqua presque la porte au nez. Frank se tourna vers moi: «A part ça, c’est moi qui doit arrêter de boire? Fais gaffe ton Viking lui a tapé dans l’œil!» Grrrrrrrrrrrrr!

D’après l’état de mes mollets, la nièce cogna les murs pendant une bonne semaine encore. J’avais interdit au Viking d’aller lui donner un coup de main sans moi et menacé de rupture s’il désobéissait. Pour moi, cela voudrait dire qu’il ne me méritait pas. Ne voyant pas de camions de déménagement, nous avons présumé qu’elle n’avait toujours pas trouvé de gold. Si gold il y avait!

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